3 avril 2025
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Tierno Monénembo : Un intellectuel critique, au-delà des clivages ethniques

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Tierno Monénembo, écrivain guinéen de renom et figure respectée de la littérature africaine, est régulièrement la cible d’accusations d’ethnocentrisme. Pourtant, ces critiques relèvent davantage d’une volonté de le discréditer que d’une analyse objective de son œuvre. Une lecture approfondie de ses écrits et de ses prises de position publiques montre qu’il s’inscrit dans la tradition d’intellectuels engagés, dénonçant toutes les formes d’injustice, sans distinction ethnique ni communautaire. Son combat est avant tout celui de la liberté, de la démocratie et de la responsabilité des dirigeants envers leurs peuples. Cet article réfute avec fermeté les accusations d’ethnocentrisme à son encontre et met en lumière son rôle essentiel dans le débat intellectuel africain.

  1. L’ethnocentrisme : un faux procès

L’ethnocentrisme consiste à privilégier les intérêts et les valeurs de son propre groupe ethnique au détriment des autres. En Guinée, cette notion est souvent instrumentalisée à des fins politiques pour discréditer les voix critiques. Accuser Monénembo d’ethnocentrisme relève d’une simplification abusive, voire d’une manipulation délibérée. En réalité, il dénonce avec la même vigueur toutes les formes de communautarisme et de clientélisme qui freinent l’édification d’une nation guinéenne unie et prospère.

  1. Une critique équitable des dérives du pouvoir

Tierno Monénembo est l’un des rares intellectuels guinéens à avoir critiqué sans complaisance l’ensemble des régimes successifs, de Sékou Touré à Mamadi Doumbouya. Contrairement à d’autres, qui adaptent leur discours selon leurs intérêts, Monénembo a toujours placé la liberté et la justice au-dessus de toute considération ethnique. Ses tribunes et interventions récentes le confirment : il dénonce les abus de pouvoir, la corruption et les dérives autoritaires, quels que soient les auteurs. Ses critiques ne visent jamais l’origine des dirigeants, mais bien la qualité de leur gouvernance. Ainsi, il se démarque clairement de ceux qui exploitent les sentiments communautaires pour minimiser ou excuser les fautes de certains leaders.

  1. Une vision panafricaine et universaliste

Loin de se limiter à des considérations identitaires, Monénembo adopte une perspective large, à la fois panafricaine et universaliste. Ses œuvres, telles que Le Roi de Kahel ou Les Crapauds-brousse, interrogent la condition humaine et les dynamiques du pouvoir bien au-delà de la Guinée. Son attachement à une critique globale des oppressions l’inscrit dans la lignée des grands penseurs africains, tels que Wole Soyinka ou Aimé Césaire. Contrairement à ceux qui se replient sur la défense partiale de leur communauté, Monénembo privilégie la vérité et la rigueur de l’analyse. Sa vision transcende les clivages ethniques et milite pour une Afrique affranchie des pesanteurs du tribalisme.

  1. Une défense de la mémoire et de la justice

Un aspect souvent ignoré par ses détracteurs est l’importance qu’il accorde à la justice historique. Dans Le Terroriste Noir, il met en lumière la figure d’Addi Bâ, un résistant guinéen en France, soulignant ainsi la contribution des Africains à l’histoire mondiale. Cet engagement mémoriel n’est en rien dicté par un repli communautaire, mais par la volonté de réhabiliter des figures injustement oubliées. Monénembo ne plaide pas pour une ethnie, mais pour une reconnaissance équitable de ceux que l’histoire a marginalisés. Son combat est celui de la vérité, pas de l’ethnocentrisme.

En somme, les accusations d’ethnocentrisme dirigées contre Tierno Monénembo relèvent davantage d’une tentative de le museler que d’une critique fondée. Son parcours intellectuel et son œuvre témoignent d’une constance dans la dénonciation des abus de pouvoir, d’une volonté de dépasser les clivages identitaires et d’un engagement inébranlable en faveur de la liberté et de la justice.

Monénembo n’est pas un intellectuel de complaisance : il critique, il questionne, il dérange. C’est précisément ce qui fait sa grandeur et son intégrité. Ceux qui l’accusent d’ethnocentrisme devraient plutôt s’interroger sur leur propre rapport à la vérité et à la critique objective du pouvoir.

Mamadou Dioulde SOW

Coordinateur Préfectoral de la MAOG-PITA

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