3 avril 2025
25.5 C
Conakry
spot_img
spot_img

Thierno Monenembo, l’écrivain engagé (Par Ousmane Camara)

À lire aussi

Dans une Guinée où l’excellence est trop souvent reléguée au second plan, où l’intellectuel est moqué et où le mérite peine à se frayer un chemin dans le tumulte du quotidien, il existe pourtant des figures dont la grandeur force l’admiration. Thierno Monénembo en est une, un monument vivant de la littérature guinéenne, un éclaireur dont la plume s’est imposée sur la scène littéraire francophone avec éclat et constance.

Depuis Les Écailles du ciel, couronné du Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 1986, jusqu’à Saharienne Indigo, qui lui a valu le Prix Moussa Konaté en 2022, Monénembo a fait résonner la voix de la Guinée au-delà de ses frontières. Son talent a été reconnu par les plus prestigieuses distinctions : le Prix Renaudot en 2008  pour Le Roi de Kahel, le Grand Prix de la Francophonie en 2017 pour l’ensemble de son œuvre, et une avalanche d’autres prix littéraires (Erckmann-Chatrian, Grand Prix du Roman Métis, Prix Ahmadou-Kourouma…).

À travers ses romans, Monénembo peint avec justesse l’histoire africaine, ses tragédies et ses espoirs. Il donne chair aux oubliés de l’histoire, comme avec Le Terroriste noir, qui a révélé au grand public le destin de Addi Bâ, résistant guinéen pendant la Seconde Guerre mondiale. Son écriture, fine et engagée, transcende le simple plaisir du texte pour interpeller la mémoire collective.

Pourtant, en Guinée, combien de rues portent son nom ? Combien d’écoles honorent son héritage ? Combien d’étudiants ont accès à ses œuvres dans les bibliothèques publiques ? Dans un pays où le clinquant l’emporte souvent sur le fond, où les icônes intellectuelles sont trop peu célébrées, l’indifférence qui entoure Thierno Monénembo est à la fois un paradoxe et un scandale.

Il est temps que la Guinée regarde ses génies autrement, qu’elle cesse de glorifier le bruit au détriment de la lumière, qu’elle donne à ses esprits brillants la reconnaissance qu’ils méritent. Monénembo est un patrimoine vivant, et son œuvre est une boussole pour les générations présentes et futures. L’heure est venue de le célébrer à la hauteur de son talent.

Ousmane Camara, pour Confidence224.com

- Publicité -spot_img

Autres articles

- Publicité-spot_img

Annonces & Communiqués